De la science des données à l’amélioration de la télésurveillance VNI

Trois questions au Dr Léo Grassion, pneumologue – CHU de Bordeaux

Nous avons le plaisir de partager avec vous une interview du Dr Léo Grassion, membre du comité de pilotage du registre Renavo-tel, en cours de constitution sous l’égide du CNP de Pneumologie (Fédération Française de Pneumologie). 
 Centraliser les données de la télésurveillance et les transcrire en connaissances utiles à la pratique : c’est l’enjeu de ce projet innovant, ouvert à toutes les composantes de la pneumologie hospitalière et libérale, et qui se nourrira notamment des données issues des dispositifs médicaux numériques (DMN) tels que Vestalis.
 Une illustration concrète de la science des données appliquée à l’amélioration de la prise en charge des patients insuffisants respiratoires chroniques !

À quel objectif répond la création du registre Renavo-tel ?

Dr Léo Grassion : « L’ambition avec Renavo-tel est de centraliser pour la première fois au niveau national les données des patients sous ventilation non invasive (VNI) ou oxygénothérapie (O2) et qui sont télésurveillés. Il s’agit de réunir deux types d’informations qui communiquent trop peu aujourd’hui.
D’une part, les données cliniques ; d’autre part, les données quotidiennes issues des appareils, lesquelles apportent au suivi une granularité fine. 
Le registre se construit à partir du pneumologue. À l’inclusion d’un patient, ses données cliniques seront agrégées aux données relatives à la télésurveillance (évolution, alertes…). Le tout, en vue d’une meilleure compréhension des besoins et de la dynamique propres à chaque patient.

Comment transformer de gros volumes de données en indicateurs utiles ?

Nous ferons appel à l’expertise de data scientists. L’objectif est d’entraîner des algorithmes sur cette base de données, en vue de les appliquer dans la pratique quotidienne ; dans un premier temps de comprendre quelles données sont pertinentes cliniquement pour le patient, enfin le « Graal » sera de comprendre l’évolution d’un malade et de prédire un événement avant qu’il ne l’envoie aux urgences.
La télésurveillance a changé le paradigme du suivi. Auparavant, le patient nous rapportait rétrospectivement un symptôme, sur lequel se basait notre intervention.
Désormais, la télésurveillance fournit des données infracliniques que nous n’avions pas l’habitude de traiter, et qui de plus pourraient s’avérer prédictives d’épisodes.
Cette masse de données peut inquiéter, pourtant c’est justement de leur agrégation que découle l’identification d’indicateurs pertinents. C’est tout l’enjeu de ce registre : extraire des connaissances permettra de développer des outils et de les implémenter dans les solutions de télésurveillance, en vue de meilleurs résultats.

Quelle synergie prévoyez-vous avec les éditeurs de DMN ?

La collaboration avec les éditeurs est déterminante, en vue d’intégrer au registre les données issues des DMN, qu’elles concernent l’utilisation du ventilateur, l’observance ou encore les fuites. Sans les DMN, les médecins n’ont pas accès à ces informations, essentielles pour prédire notamment la qualité du traitement et de l’observance.
La question qui se pose ensuite est celle de l’utilisation des données. Avec tous les porteurs du projet, nous espérons que ce registre fera le lit de nombreuses études et analyses, permettant de mieux comprendre les patients télésurveillés. L’idée centrale est que la connaissance appartient à tout le monde. Après les premières étapes de structuration (technique, scientifique…) – qui devraient aboutir d’ici l’automne –, nous allons préciser les modalités de collaboration avec les éditeurs de DMN et les autres acteurs, dans un objectif commun d’amélioration de la prise en charge des patients. 

Philippe Salamitou, CEO de SRETT : « Nous nous engageons à faciliter l’intégration des données issues de Vestalis et leur utilisation au sein du registre Renavo-tel, car l’apport de la Data Science et de l’IA à l’amélioration des prises en charge en télésurveillance est un sujet extrêmement porteur, sur lequel nous voulons maintenir notre implication ».